La mort du rappeur et producteur, connu sous le nom de MF Doom, a été révélée par sa femme Yasmine, ce jeudi 31 décembre 2020 et fait suite à de nombreux décès qui ont endeuillé la communauté hip-hop. Celui qui se baptisait et s’affublait de nombreux alias, presque autant que Kool Keith, comme Zev Love X lorsqu’il évoluait dans KMD, ou plus récemment Doom, Vikto Vaughn, King Geedorah, Metal Fingers… n’avait pas sorti de nouveaux projets depuis 2009 et ses apparitions scéniques de plus en plus rares, n’ont pas éteint l’intérêt de son public. Bien au contraire.  

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MF Doom de son vraie nom Daniel Dumile, évolue de 1989 à 1995 sous le nom de Zevlove X. Il forme le groupe KMD avec son frère et évolue dans l’entourage de Third Bass. Très vite, le groupe se fait remarqué notamment par l’écriture de Zevlove et signe un deal avec Elektra. Le premier album Mr Hood sort en 91 et le second « Black Bastards » est boycotté par la maison de disque et ne sortira que six ans plus tard par l’entremise de labels indépendants. En 1993, Sub Roc, dj du groupe et frère de Daniel Dumile meurt écrasé par un chauffard alors qu’il tente de traverser. Plus de label, un frère mort, un deuxième disque avorté, s’en est trop pour Zevlove X. Il raccroche et traîne dans les rues de New-york. Puis il sombre peu à peu dans la dépression et l’alcool. Il vivra même pendant un temps dans la rue. Bobbito Garcia offre à Daniel l’opportunité de revenir et de se faire entendre à nouveau. Il se rebaptise MF Doom en référence au personnage de comics Doom et décide de porter le masque vengeur du héros dont il s’est inspiré. MF Doom veut sa revanche sur l’industrie du disque et l’album Operation Doomsday qu’il s’apprête à livrer à Fondle’Em, le label de Bobbito en sera la première salve.

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Tout est produit par Doom. Son style est très épuré. Il reprend des grosses boucles de samples de soul à peine pitchées et des breakbeats. Côté flow, sa voix a pris en épaisseur. Plus rauque, elle est désormais reconnaissable d’entre toutes. les 19 plages qui composent le disque sont entre coupées de jingle Télé et de voix issus de comics. L’album sort en 1999. Fondle Em assure le pressage, la diffusion et la promotion. Le label a son réseau de fans et le disque parvient à s’installer sans mal. Très vite, cet album trouve un écho plus large et s’impose, après un parcours épique. Operation Doomsday est l’une des dernières références du label mais pour Doom, elle signe le début d’une nouvelle carrière.  En 2001, Bigg Juss de feu Company Flow, décide de rééditer le disque sur son label Subverse. Il devient alors un classique. Pour beaucoup Mf Doom est un nouveau venu et rares sont ceux qui font le parallèle avec KMD. Soucieux de son indépendance, MF Doom produit une flopée d’albums instrumentaux qu’ils nomment Special Herb et qu’ils licencient à High Times, Feamle Fun Records puis à Nature Sound. Certains des instrumentaux seront recyclés à bien des reprises notamment pour Ghostface et Johh Robinson. Parallèlement, Mf Grimm propose à Doom de s’associer pour un projet commun qui sortira sur Brick. Sous l’alias King Geedorah, il signe avec Big Dada pour un album aux ambiances de films japonais. Ils convient ses proches comme Scienz Of Life, Fantastik, Hassan Chop, Gigan ou encore Mf Grimm qui lui aussi utilise un alias (Jet-Jaguar). Toujours prolixe, il enchaîne aussitôt sous l’alias Viktor Vaughn pour le compte du label Sound Ink. Pour une fois depuis ces début, Doom laisse la productions des beats à des tiers dont RJD2. Doom ne manque pas de collaborer le temps d’un featuring notamment pour Prefuse avec Aesop Rock ou encore pour Count Bass D pour n’en citer que quelques uns.

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Mais c’est Stones Sthrow qui offre à Doom l’opportunité d’un projet à la hauteur de son talent. Madlib invite le MC à Oxnard et il construise la trame de ce qui deviendra Madvilain. Si Madvilain apporte la reconnaissance à Doom, il faut attendre Danger Mouse pour qu’il puisse enfin capitaliser. Danger Mouse propose à Doom un album en collaboration pour le compte du label anglais Lex Records. Ils en vendront plus de 130 000 aux Etats-Unis. La Doom Mania est en marche.

En 2006, Rhymesayers s’associe à Doom pour la sortie de MM Food avec une édition DVD. MF n’aura jamais été aussi productif en multipliant les commandes pour le compte de différents labels mais ses fans attendent un véritable album produit par ses soins. Lex remporte la mise et annonce la sortie de  « Born Like This » pour le début d’année 2009. Si il a produit la plupart des titres, il invite Madlib et Jake One sans oublier de recycler Jay Dee. Doom réaffirme son statut de rappeur hors-pair. Mes des productions trop évidentes d’autres déjà éventés sur le net confère à cet album un statut mitigé. En parallèle la polémique autour des faux concerts de MF Doom aura quelque peu entaché sa réputation.

Mf Doom ne sortira plus d’albums solo, à proprement dit, après 2009. Sa discographie est plus disparate et collabore avec Jneiro Jarel pour le projet JJ DOOM, avec Bishop Nehru sous le sceau NehuruvianDOOM. A titre de beatmaker, il s’associe à Masta Ace pour le projet « Son of Yvonne ».

MF Doom, qui vit désormais en Angleterre en banlieue de Londres, dans une église qu’il a réhabilité, tourne de manière épisodique en Europe. La rumeur de sa disparition trainait depuis quelques temps avant que sa femme Yasmine ne confirme sa mort, il y a quelques heures.

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Celui que l’on connaît sous le nom de MF Doom est en réalité dans l’industrie du rap depuis la fin des années 90.Il évoluait alors en groupe sous le nom de KMD et se faisait alors appelé Zevlove X, Daniel Dumile forme le groupe KMD avec son frère Subroc , Dj du groupe. Onyx troisième membre, évoluera quelques temps avant de se retirer. En 1989, KMD apparaît aux côtés de Third Bass sur le morceau « The Gasface ». KMD travaille sur son premier album co-produit par Third Bass puis signe avec Elektra. En 1991, ils sortent ainsi leur premier album Mr Hood. Le groupe s’impose avec une écriture bien trempée ou humour, allusions politiques s’entrechoquent. Musicalement, KMD s’inscrit dans la lignée de la Native Tongues en samplant essentiellement du jazz. Les roductions sont smooth et les textes éclairés du futur MF Doom font déjà mouche. Si le groupe n’explose pas commercialement, il gagne néanmoins en notoriété, tourn et travaille à l’élaboration d’un second album. L’année 1993 est une année difficile pour Zevlove X. Son frère périt violemment. Il est tué par un chauffard alors qu’il tente de traverser. Et l’album sur lequel travaille KMD n’enthousiasme pas beaucoup Elektra. Plus politique, plus cynique aussi, Zevlove décide d’annoncer la couleur dés le titre et la pochette. Du coup, Black Bastards deuxième album du groupe ne sortira que 6-7 ans plus tard. Elektra ne valide pas la pochette qui représente en cartoon un noir pendu à un arbre.  L’album circule sous le manteau en bootleg et devient un classique. On parle même dans la revue Egotrip de meilleure album de rap jamais sorti.

En 2 000, l’album est édité officiellement sur le label  Ready Rock Records. Les afficionados découvrent des années après le successeur de Mr Hood. L’écriture est encore plus truculente partagée entre humour, second degré et rime politique. Et les productions recycle à merveille les classiques du Jazz ou encore l’album solo de Gylan Kain des Last Poets « The Blue Guerilla ». En 2001, Bigg Jus de Company Flow, réédite l’album avec un nouveau master. Il lui permet une meilleure visibilité et distribution à travers le monde.

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Le site « Passion of The Weiss » avait rencontré MF Doom et publié cette interview faites par téléphone en janvier de l’année dernière. cette dernière avait été assurée par Dvid MA. En voici la traduction.

 

Commençons par le masque. Pourquoi en portez un ? 

MF DOOM : C’est vraiment un personnage comme les autres. Zev Love X était aussi un personnage, la plupart des gens pensent que c’est moi, mais ce n’était pas le cas. Ils ont tous été des personnages. Le truc de DOOM, c’est de pouvoir aborder les choses avec un point de vue différent. J’ai décidé que le masque ne ferait qu’ajouter à la mystique du personnage tout en faisant ressortir DOOM. Je pensais que ce serait un moyen facile pour les gens de voir et de différencier les personnages, un peu comme lorsqu’un acteur prend du poids pour un rôle. Jeter le masque était juste une bonne façon de le changer. King Geedorah et Vik sont aussi des personnages par exemple.

Zev Love était donc aussi un personnage ? J’ai toujours pensé que c’était juste une poignée.

MF DOOM : Oui. Ce n’est pas parce qu’il ne portait pas de masque que tout ce que j’ai dit venait de moi. DOOM est en fait plus une vieille version de Zev avec un masque.
Où trouvez-vous le vrai masque ? En avez-vous un spécialement fabriqué ?
MF DOOM : Tu connais le film Gladiator ? À cette époque, ils ont commencé à vendre des « masques de gladiateur » qui étaient des répliques du film. Un de mes amis m’a dit qu’il avait vu ce masque qui serait parfait pour le personnage de DOOM. Je lui ai fait confiance, même si c’était un peu cher [rires].
Il est donc allé acheter le masque, qui était un objet de collection monté sur un support en bois et tout ça. C’était une réplique totale qui venait sur un bâton avec un support pour l’exposition et tout ça. Il y avait aussi cette pièce supérieure que mon ami a arrachée [rires]. Il a enlevé le bâton et tout le reste et a gardé la plaque frontale. Vous savez que les chapeaux de chantier ont un truc en plastique à l’intérieur que vous pouvez serrer ? Il en a juste pris un et l’a fixé au masque. Alors il l’a monté pour moi. Depuis, je l’ai chromé, et j’y ai ajouté un rubis aussi. C’est comme ça que le masque est né.

Vous en avez juste un ou vous en avez plusieurs que vous faites tourner ?

MF DOOM : J’en ai plusieurs qui sont légèrement différents. Au bout d’un moment, il vous en faut quelques-uns. Je ne peux pas jouer sans le masque ou être vu sans lui sur scène, sinon cela va me distraire de mon personnage.

Pourquoi n’avez-vous pas fait tout un projet en tant que Daniel Dumile ? Pourquoi tous les personnages ? Mieux encore, qu’est-ce que ces personnages vous permettent de faire ?

MF DOOM : Le hip-hop est tellement saturé par les mêmes vieux trucs que les gens s’attendent toujours à ce que le gars soit vraiment le gars. Ils veulent que tu sois vrai et que tu viennes tout droit de la rue et tout ça. Je fais du hip-hop, mais j’utilise DOOM comme personnage pour transmettre des histoires qu’un mec normal ne peut pas faire. Vous avez des écrivains qui écrivent sur des personnages fous, mais cela ne veut pas dire que l’écrivain lui-même est fou. DOOM est le mal, ne l’oublions pas, mais cela ne veut pas dire que je suis le mal [rires].

En parlant de hip-hop, quand y avez-vous été exposé pour la première fois ? Je sais que vous n’êtes pas né ici aux États-Unis.

MF DOOM : Je suis arrivé en Amérique à l’âge de six mois, alors j’ai grandi ici. Kurtis Blow est probablement le premier grand animateur dont je me souvienne. Je suis arrivé en Amérique à l’époque où le hip-hop était en plein essor, alors je me suis impliqué tout de suite.

 

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Qui a lancé KMD ?

MF DOOM : C’est moi.

Comment s’est monté KMD ?

MF DOOM : En fait, je marchais dans la rue et je regardais des graffitis. En fait, nous essayions de créer un groupe de graffiti à l’époque et c’est comme ça que le nom KMD a commencé. Notre première chose a donc été de choisir quelques lettres qui sonnaient bien ensemble. Ensuite, nous avons choisi ce que chaque lettre représentait. C’est comme ça que KMD a vu le jour.

Pour les afficionados qui ne sont pas familiers, que retiens-tu de  Subroc [feu DJ/producteur de KMD, le petit frère de Dumile] ?

MF DOOM : [rires] C’était un négro au cul malade. Je suis sûr qu’il serait d’accord avec ça. Qu’est-ce que je peux dire ? Mauvais producteur, mauvais artiste avec des idées de pointe. C’était mon partenaire. Il est toujours mon partenaire, c’est comme ça que je le vois.

Il a été rapporté que vous étiez pratiquement sans abri après la dissolution de KMD, avec des problèmes de label. Penses-tu que cette période a affecté ou au contraire bénéfique à ton personnage ?

MF DOOM : Bonne question, je ne suis pas sûr que cela ait amené beaucoup de choses. Quand on est fauché, on ne fait pas de musique, donc ce n’est pas comme si je faisais de la musique sur un banc de parc quelque part. Mais cette période de ma vie colle à ma musique. Je suis vraiment passé par là et quand je décide de parler d’un mec fauché, je sais ce dont je parle. Beaucoup de choses qui habitent MF Doom, proviennent de ces points de vue sombres d’une certaine manière, je suppose.

Alors pourquoi as-tu laissé tomber le MF pour te contenter de DOOM ?

MF DOOM : J’essaie de le comprendre aussi [rires]. Je n’ai rien fait en ce sens. J’étais sur Wikipédia récemment et j’ai lu que j’avais changé de nom. Les gens ont commencé à me demander cela aussi. Ce n’est pas vraiment exact.

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La biographie qu’ils ont envoyée pour BORN LIKE THIS stipulait que tu es maintenant DOOM, que cela s’écrit en majuscules et qu’on ne doit plus t’appeler « MF » Doom. Ce n’est pas vrai ?

MF DOOM : Eh bien, je dois voir avec eux [rires] ! Non, je suis juste DOOM pour cet album et qui sait quels albums suivront. Ce disque est le plus personnel de DOOM. C’est là que vous arrivez au centre de ce personnage, donc j’ai décidé de laisser tomber le MF pour cet album seulement. Je ne pensais pas que ce serait une grosse affaire. Tout le monde me demande pourquoi j’ai changé mon nom [rires]. Après [Operation] Doomsday et MM… Food, je ne pensais pas que DOOM s’appellerait plus MF DOOM. C’est comme si je vous parlais et qu’après vous avoir connu pendant un certain temps, je commençais à vous appeler Dave au lieu de votre nom complet. C’est un peu comme ça. C’est plus personnel parce que nous connaissons le personnage depuis un certain temps maintenant. Je voulais juste changer la présentation. C’est un détail.

La présentation s’appuie un peu sur Bukowski. Qu’est-ce qui t’as amené à parler de Bukowski ?

MF DOOM : Je suis totalement inspiré par ce type. En tant qu’écrivain, il m’impressionne. Il a une telle palette. A l’époque, tous les écrivains essayaient d’être une sorte d’écrivain de la renaissance des années 60 et 70. Ils avaient tous des angles d’attaque difficiles et utilisaient des mots et des trucs bizarres. Il y avait beaucoup d’écrivains hippies, mais Bukowski avait ces nouvelles qui ne se souciaient pas de ce que faisaient les autres. Il est né écrivain, donc il a écrit ce qu’il pensait à l’époque. Il n’avait pas besoin d’être influencé par ce que les autres faisaient à l’époque – ce que nous, MC’s et rappeurs sommes, des écrivains, en fait.
Si les vrais bons écrivains n’étaient pas eux-mêmes, ce ne serait pas intéressant. Son style d’écriture me prend toujours au dépourvu. Je serais en train de lire et je penserais que je sais où il va et qu’il va juste tirer à gauche et tout faire tourner. Chaque fois, chaque histoire est si différente en soi. Même maintenant, quand je me sens coincé et que je veux me détendre, je prends Bukowski et je lis une nouvelle. Ses trucs peuvent être si bizarres que je me sens normal. Je ne peux pas être plus bizarre que ce type [rires], ce qui est cool parce qu’une fois que tu as réalisé quels sont les extrêmes, tu peux faire n’importe quoi.

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Comment se déroule ton processus d’écriture ? Analysez un peu cela pour nous.

MF DOOM : En général, je garde un stylo et un bloc-notes et je note les choses pour quand elles arrivent. J’ai toujours un stylo sur moi, et parfois aussi une serviette de table. Quand une idée me vient, je l’écris. Ces écrits s’empilent et quand ils s’empilent suffisamment [rires], ils deviennent des chansons. Si j’ai un rythme que je viens de faire et que j’ai besoin de cracher quelque chose dessus très vite ou d’essayer quelque chose, je me réfère à ces notes. Je les feuilleterai toutes pour voir ce qui correspond à quoi, ou juste si le morceau correspond aux styles d’écriture.

Sur l’album, tu partages un morceau avec Ghostface. Parle-nous de Ghost ?

MF DOOM : Ghost vient avec des trucs auxquels vous ne vous attendez pas. Il rend les choses dingues au niveau lyrics en étant vif, honnête et réel. Ses histoires sont tellement intéressantes. Comme Bukowski, il fait partie de ces gars qui ont un don naturel pour ça. C’est comme s’il parlait en couleur.

Pourquoi as-tu décidé de réenregistrer « Angelz » pour l’album ?

MF DOOM : C’est drôle [rires], vraiment, c’est comme ça : mes chansons sont toujours comme des esquisses en cours de réalisation jusqu’à ce que je les finalise. Cette chanson en particulier était donc une esquisse. Les gars qui l’ont produite ne pouvaient apparemment pas attendre et l’ont sortie en sachant que c’était un morceau inachevé. J’ai fait différents croquis de moi et de Starks en faisant différentes prises et tout ça. La première version que tout le monde a entendue était donc une version inachevée. La version sur BORN LIKE THIS en est la version finale.

Oh, d’accord. Parce que l’original sonnait comme si tu avais décidé de faire un morceau sans batterie.

MF DOOM : Je l’ai donné à Starks sans batterie, et c’est un de ces rappeurs qui peuvent cracher dessus sans entendre la batterie. Certains niggas sont gentils et bons à ce point pour poser comme ça. La première version est donc inachevée parce que je n’ai pas pu mettre la batterie dessus [rires]. J’ai donc sorti cette version comme « la version album ». Les gens ont tendance à pencher vers la première version parce que c’est la première qu’ils ont entendue et qu’ils y sont habitués. J’entends les gens dire « pourquoi l’a-t-il changée ? » mais ils ne réalisent pas que ce n’était qu’une esquisse qu’ils ont aperçue par hasard.

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Est-ce que l’album avec Ghost sortira un jour ? Est-il terminé ?

MF DOOM : Je suis presque sûr qu’il va sortir. On veut lui trouver un bon foyer. C’est presque fini et c’est dans mon studio que je peaufine les dernières retouches. Je veux dire, je pense que c’est assez fou et je veux vraiment que le public l’entende. Mais je veux m’assurer que nous sommes bons parce que je ne veux pas que les gens entendent une ébauche de cet album comme ils l’ont fait avec « Angelz ».

En tout, combien de temps as-tu passé sur ce projet ?

MF DOOM : C’était un peu comme un coup de pouce. Je ne peux pas travailler constamment sur rien. Souvent, je dois poser des choses et y revenir. Alors avec celui-ci, ça m’a pris environ 3 ans. J’ai fait beaucoup d’heures supplémentaires.
Vous avez retourné l’échantillon de Galt MacDermot pour « C’est ça ». Tu passes beaucoup de temps à digger des disques ? Où te procures-tu les disques que tu as achetés ?

MF DOOM : Ici et là, j’ai l’occasion voyager. En fait, je sors de moins en moins ces temps-ci. Je passais beaucoup de temps à dénicher des disques. Mais maintenant, j’ai la chance d’avoir un réseau de personnes qui sortent et m’en ramènent [rires]. Les mecs de Stones Throw m’aident là-dessus car ils collectionnent pas mal ; Egon est un mec qui en connait un rayon et c’est une de mes sources. En fait, Egon m’a branché sur cet échantillon de Galt. J Rocc et Madlib travaillent aussi avec moi. En vieillissant, j’ai un peu perdu de ma collection [rires], mais j’ai de la chance que ces gars me donnent des trucs pour compléter mes propres trucs. Count Bass D est une autre de mes sources. Il sort tout le temps des disques et je ne sais pas comment il fait ; nous échangeons de la musique tout le temps. C’est un échange entre amis.

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Beaucoup de gens ont dit que « Batty Boyz », une autre chanson de l’album, est homophobe et offensante. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

MF DOOM : Si les gens sont en colère, cela signifie qu’ils sont vraiment dans le personnage, peut-être même trop dans le personnage. Ecoutez, en tant qu’artiste, si vous avez un personnage qui peut rendre les gens furieux, c’est une bonne chose. DOOM est un méchant. La phobie signifie que j’ai peur de quelque chose, comme l’arachnophobie signifie que j’ai peur des araignées. Donc l’homophobie signifie que j’ai peur des homos ? Moi-même, en tant qu’écrivain, je n’ai pas peur des homos ou des araignées ! J’en ai rien à foutre. Je suis écrivain, j’aborde tous les sujets. DOOM se trouve à parler de la merde de tout le monde ; des nègres de la rue, des punks, des gros nègres, des reines et des rois. Je parle de toutes les facettes de la vie. Ce n’est qu’une des choses dont DOOM parle sur ce disque.
DOOM est un super-vilain, alors il traite ses ennemis de gays, il dit de la merde. En fait, il y a une chanson sur Madvillian où le personnage parle même de bestialité. Donc vous me dites que les gens qui s’adonnent à la bestialité vont aussi se fâcher contre moi maintenant [rires] ? C’est un personnage. Les gens qui ne comprennent pas, je ne sais pas ce qui ne va pas chez eux. Va juste au cinéma. C’est facile. C’est comme John Travolta dans Pulp Fiction. Je l’ai aimé dans ce film, mais ça ne veut pas dire que je suis d’accord avec le meurtre. Nous savons tous que John Travolta n’est pas un meurtrier, n’est-ce pas ? C’est un personnage. Je ne sais pas quoi dire d’autre aux gens qui ne comprennent pas cela.

Dernière question : DOOM posera-t-il un jour sans le masque ?

MF DOOM : Le personnage lui-même, DOOM, aura toujours le masque. Personne ne le verra jamais sans le masque, peut-être dans ses quartiers privés [rires]. Il est important de se rappeler que je ne suis pas DOOM. J’écris juste en tant que ce super méchant rappeur nommé DOOM. Zev n’a pas fait de bruit avec un masque et j’ai d’autres personnages qui ne portent pas de masque aussi – et ils ont tous leurs propres trucs et leur sensibilités. Mes albums sont tous des personnages et, ensemble, ils font partie de cette lignée d’histoires et d’albums que j’ai écrits. Je suis un écrivain. Tout dépend du genre de merde que je veux continuer à produire.

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