Lokiss a une double actualité. Une exposition dantesque à la Défense qui se déroule en deux temps et dont la deuxième session débute le 19 Septembre 2019, à 18 heures, à l’Alternatif, au 9 voie de la Pyramide, sur l’esplanade et un livre sur le graffiti qui revient sur 50 ans d’interventions urbaines où son auteur s’intéresse au devenir de cette culture devenu éparse, soluble et disparate face à l’appétence du marché et sa popularité grandissante. Cela pour que ne le rencontrions afin qu’il revienne sur ce qui motive son travail et sur les nouvelles thématiques qui le mobilise comme l’urgence climatique et écologique, le devenir de l’humanité face à l’obsession technologique, etc…  

 

Avant de devenir un folklore emprunté et une posture, le writing est d’abord et avant tout une culture de la ré-appropriation. Ré-appropriation de la ville, et donc du lieu et de l’espace, mais aussi du langage. Un langage codé pour initiés qui s’exprime presque de manière occulte et dont le sens ne se révèle que de manière implicite ou en filigrane. Le graffiti est aussi disruptif. Disruptif vis-à-vis de son environnement, de l’art et même de sa propre histoire. Cette culture ne demande pas à être validé et s’arroge alors le droit de ne pas être totalement défini. Rien n’y était explicite au début et tout était à construire ou plutôt à déconstruire. C’est dans ce contexte, en l’an 0 de la vague européenne, dans la friche du terrain vague de la Chapelle, qu’est né Lokiss. 

 

Exit l’orthodoxie américaine où le slogan publicitaire est de mise, Lokiss, en véritable précurseur, fait alors voler en éclat les fondamentaux de la lettre et définit une nouvelle grammaire et des codes esthétiques singuliers qui posent les fondations du graffiti européen. Spray Can Art et Paris Tonkar vont alors essaimer dans toute l’Europe, et polliniser, l’exégèse d’un graffiti libéré et libérateur, affranchi de ses propres codes. Lokiss mêle au writing son attrait pour la physique quantique et les sciences, son intérêt pour la conquête spatiale et les nouvelles technologies qui se télescopent, s’enchevêtrent et s’interpénètrent dans le fracas et le chaos de murs explosifs. 

 

La peinture de Lokiss est d’abord celle du bruit. Le bruit de la mécanique qu’il y dépeint. Le bruit de pièces plus grandes que son auteur et qui révèle le défi de l’homme face à la machine, de l’humain face aux sciences et la technologie, de l’individu face au monde et la société. Il reste ce bruit sourd comme un murmure à mesure que la pièce ne s’efface et ne s’érode, ne devenant à son tour plus qu’une trace de l’auteur. « J’ai appris l’art en voyant mon art détruit » dira Lokiss, révélant la part d’absurdité du writing qui puise son excitation et son intérêt dans la destruction attendue de l’œuvre. Lokiss a naturellement embrassé d’autres médiums et s’est tourné vers une production en atelier. ce travail est devenu le continuum et une extension de ses peintures dans le domaine public.

Parvenir à être signifiant dans cette culture est difficile mais transformer cette pratique et l’inscrire au-delà de son cadre premier, l’est plus encore. 

 

Du writing, Lokiss en a conservé le gout de la transgression et de l’émulation, une appétence sans cesse renouvelée pour la découverte, une certaine inclinaison pour l’âpreté et la transversalité. Des murs à la toile, de la sculpture au travail de l’inox, de l’écriture de livre aux multimédias Lokiss interroge notre propre finitude, notre rapport au futur et aux nouvelles technologies. Il sonde l’ADN et le devenir de l’homme devenu urbain. The Soul est à la fois une rétrospective et une exposition projective. Elle révèle la continuité du travail deLokiss, les points d’achoppements, les points de rupture et les évolutions. Le titre, en référence direct au morceau mythique « Al Naafiysh » (Hashim – 1983), marque aussi ce désir de toucher à l’essence et au moteur de son travail. 

 

Ironie du sort, celui qui a pendant tant d’années, spéculer sur les sciences et les technologies revient à l’essentiel et prend à rebours, l’idée du progrès immanent entièrement dirigé vers la découverte bienfaitrice. Sans âme, le progrès et l’avancement sont corrupteurs. Formellement, Lokiss cultive aussi le paradoxe. Il perpétue le formalisme du writing à mesure qu’il s’en éloigne. De l’explosion de couleur qui rappelle ses fresques du début, il est passé à la radicalité du noir et blanc. L’inox rappelle l’âpreté de murs industriels et le recours à un panel réduit de couleurs, l’essence du tag. L’épure de ses visages se dessinent comme des lettres, de manière fragmentées et elliptiques. Chaque visage est un code et chaque lettre, le premier fondement du langage. En miroir, se révèle les plus petites unités sécables de l’humanité et du langage : l’homme et la lettre. En somme, l’essence du writing. On en revient toujours aux fondamentaux.

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« On peut faire çà. C’était une marge de liberté qui s’ouvrait. On peut se servir de rouleaux et quitter le poncif du personnage et du blase. »

 

En 1983, le graffiti à Paris s’exprime sur les quais de Seine et ensuite sur les palissades de Beaubourg et du Louvre pour ensuite s’incarner à Stalingrad. En 1986-87, peut-on dire qu’il y a les fondations d’une culture graffiti. Qu’elle sort de ses balbutiements ? Qu’est-ce qui se cristallise au Terrain de La Chapelle ? 

Lokiss: 86, on peut dire que c’est un peu le début de la vague européenne. Il n’y pas grand chose jusque-là, à Londres ou Amsterdam. A Amsterdam, il y avait quand-même, deux ou trois choses, que j’ai découvert récemment. Au milieu des années 80, à Paris, il y a quand-même, des choses au niveau pochoirs. Blek est très actif, dés le début des années 80. Je vis entre le 9ème et le 18ème, à la lisière du boulevard Rochechouart. Il y a des grands pochoirs de Blek qui m’impressionnent. Mais pas assez pour que çà me donne de commencer le pochoir, moi-même. C’est vraiment la découverte de quelques pièces un peu partout mais surtout les quais de Seine fait par Bando, Scam et Blitz. On peut dire qu’en 1984-1985, après l’épisode des palissades du Louvres, sur laquelle je pose ma toute première pièce. La véritable consécration de la scène française, on va dire, c’est le terrain vague de la Chapelle et le terrain vague de la Chapelle, c’est vraiment autour de 85. C’est rapidement un lieu mythique car c’est un lieu d’expérience. On a quand-même un mec comme Ali qui vient peindre. Et plus tard Jonone. Le terrain de La Chapelle est rapidement connu. Henry Chalfant l’a illustré et documenté pour Spray Can Art. Prigoff et Chalfant arrivent tout les deux sur le terrain de la Chapelle. Ils font un tour d’Europe et lorsqu’on relit le livre, on se rend compte quand-même que Paris est très en avance par rapport au reste. On a une vraie forme originale de graffiti. Il y a évidemment des gens qui sont encore très formatés américains, qui ont en tout cas des styles assez connus et un peu académique, on va dire. Il y a d’autres écoles qui partent du freestyle américain avec A-One, Ramellzee. Du moins, ce qu’on perçoit comme du freestyle. Il faudrait demander à des américains de l’époque si réellement, ils considéraient que c’était du freestyle. Après le dernier livre que j’ai rédigé. Je me rends compte qu’on a notre version de l’histoire. Une vision qui provient de livres et de photos qu’on a interprétées. C’est peut-être beaucoup plus complexe qu’on le croit. L’école que j’ai un peu initiée qui est très freestyle ou je lâche la lettre pour le visage avec des influences extérieures. Je décroche complètement des grands maîtres du wildstyle comme Phase 2, Seen ou Dondi. Ca ne m’intéresse pas spécialement. Henry Chalfant le remarque, lui-même, dans le documentaire « Writers » mais c’est vrai, j’en ai eu confirmation par la suite par des américains, ils sont tombés sur des magazines français avec des photos de certaines de mes pièces et ils se sont dits : « On peut faire çà. C’était une marge de liberté qui s’ouvrait. On peut se servir de rouleaux et quitter le poncif du personnage et du blase. »

Pour moi, très vite, la pièce devient le fond et le fond la pièce. C’est un gros départ. Skki le fait aussi avec au départ une grosse influence de Phase 2. Il embraye sur des pièces un peu flottante sur des murs nus ou complètement taggés et en fait, il ne se soucie plus de faire un fond et de l’intégrer. Ses pièces deviennent des ovnis posés sur un mur. C’est quelque chose de très important qui va marquer la scène européenne.

 

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« Il y a un phénomène de ré-appropriation et cette ré-appropriation, elle est aussi sur l’architecture, sur des architectures obsolètes souvent désaffectées et industrielles. Mais c’est aussi une ré-appropriation sur l’identité, en s’inventant un mythe, en se donnant un surnom qu’on mystifie, on créée une fable… Tout ça est important. »

Dés le début, tu évolues en solo, parfois en binôme avec DEUB, là ou d’autres, quasi-tous évoluent en groupe. Pourquoi ?

Lokiss: J’ai souvent peint seul parce que c’est souvent plus simple pour moi de rester concentrer et ça s’est fait comme çà. Mais ça n’était pas quelque chose de figé.

Avec Deub, j’ai posé les jalons de vraies collaborations mêmes si on a peu peint en mélangeant nos styles. Deub a peu peint. Ca prouve qu’on peut ne pas peindre beaucoup est marquer  les esprits. Le fameux mur du 15eme arrondissement a marqué tellement de gens en Europe. Cela devrait faire réfléchir. Certains writers qui ont peint 600 pièces, se demandent toujours pourquoi on ne les reconnait pas plus. Il suffit d’une pièce des fois, d’une seule peinture pour avoir un impact énorme. Il faut amener une forme de renouvellement, de nouveauté. Deub utilisait la bombe comme personne ne l’avait utilisé à l’époque. Artistiquement, dans le monde de la peinture, ça n’était pas totalement nouveau. Certes, cette technique était utilisé par Wermeer en s’appropriant le croisement de couleurs complémentaires avec d’autres techniques comme le pointillisme. Deub a utilisé la bombe comme un impressionniste. C’était nouveau à l’époque. Avec Deub, SkKi, au début, nous avons peint ensemble. Peindre avec d’autres writers, c’est beaucoup plus ludique. Je l’ai fait tellement de fois par la suite avec Darco, Mist, avec Daim, avec pas mal d’autres même si çà n’est pas autant que certains writers. Mais après, il faut se méfier du « Names dropping » qui consiste à peindre avec le maximum de monde, non pas pour collaborer avec moi mais simplement pour rajouter un nom à leurs tableaux de chasse en vue d’un livre ou d’une monographie. C’est aussi traditionnellement çà, le graffiti. Si je vais vers un artiste et je lui dis : « je veux peindre avec toi », c’est pour réellement travailler et approfondir ma création et la sienne. L’idée est de voir, quel est le terrain sur lequel on peut se rencontrer artistiquement.

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Qu’est-ce qui définit le writing ?

Lokiss: Evidemment, Je n’ai pas eu conscience de l’aspect politique du graffiti quand j’ai  commencé à peindre, tout comme ceux qui ont débuté avant moi. C’est une perception plus intellectualisée du graffiti. Mais c’est vrai que si on y réfléchit, lorsqu’on peint dans la rue, en tant que Writer, c’est déjà un acte politique. Peindre, faire un tag politique, un tag insultant, porno ou autres, c’est déjà quelque chose de politique. Le graffiti est en soi politique, qu’on le veuille ou non. Je parle là de la vraie culture du writing. Il y a un phénomène de ré-appropriation et cette ré-appropriation, elle est aussi sur l’architecture, sur des architectures obsolètes souvent désaffectées et industrielles. Mais c’est aussi une ré-appropriation sur l’identité, en s’inventant un mythe, en se donnant un surnom qu’on mystifie, on créée une fable… Tout ça est important. Il y a aussi la ré-appropriation du langage et de la lettre que l’on foudroie, que l’on mutile,  que l’on crée comme un miroir  de sa personnalité. Je me suis amusé à créer le mot hémogramme en rapport au mot pictogramme. C’est en lien direct avec la sémiotique de l’émotion et de la pulsion du writer.

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« Il y a quelque chose de prophétique dans cette espèce de cryptologie à masquer le mot, à le rendre illisible, à ne prendre la lettre que comme un véhicule de pulsions… »

Qu’est-ce qui t’anime aujourd’hui dans ton travail d’atelier ? 

Lokiss : Je me sers de tout ce que j’ai appris dans le writing pour essayer de dire qu’il y a une urgence climatique et écologique et je ne peux pas rester froid face à tout cela. Je veux intervenir d’une manière ou d »une autre, même si aujourd’hui, je pense que la manière la plus significative est de le faire dans la rue. Là, il y a un travail d’atelier qui témoigne de cette réalité et qui n’est pas déconnecté du writing. L’obsolescence est au centre de la question écologique et énergétique et c’est aussi une notion en lien avec le writing et la culture graffiti. C’est une piste de réflexion et çà n’est pas encore évident de lier mon travail à cette thématique. C’est une première approche. On peint souvent sur une architecture ou une technologie déclinante ou obsolète, comme pour annoncer une mort imminente ou sceller une agonie déjà amorcée. L’urgence écologique va justement définir d’autres paramètres d’obsolescence liés au caractère polluant et énergétique. Il y a énormément de technologies qui vont disparaitre et évoluer. On a toujours considéré le graffiti comme étant quelque chose de sale. Finalement, on a peint de la technologie sale avec une peinture sale. C’est intéressant. Il y a une conversation entre le support et le caractère impérieux et essentiel du graffiti. Ce n’est pas étonnant si on s’est greffé à l’urbex. On aime s’aventurer là ou plus personne ne va. On aime cette zone d’aventure et l’inconnu. Les No Man’s lands. J’ai envie de croire, mais c’est une vision poétique, que certaines pièces aux styles motorisés et futuristes posent sur des technologies périmées. On les fait revivre dans une dernière râle qui scelle leurs fins ou la nôtre. Il y a quelque chose de prophétique qui n’est pas inintéressant chez Rammellzee, au delà des des formules mathématiques à l’emporte pièce ou des délires schizophréniques ou border-line, il y a quelque chose de cet ordre-là.

Il y a quelque chose de prophétique dans cette espèce de cryptologie à masquer le mot, à le rendre illisible, à ne prendre la lettre que comme un véhicule de pulsions et peut-être de prophétie de fin du monde que nous prévoient énormément de scientifiques. On parle souvent d’art éphémère en évoquant le graffiti mais c’est une erreur car pour moi, le graffiti est pérenne. c’est un art pérenne qui se régénère par couches successives. Ca n’est pas parce que c’est recouvert que ça n’existe plus. Et ça ne veut pas dire que de manière conceptuelle le graffiti disparait. L’oeuvre est juste régénérée et c’est intéressant.

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Il y a eu une césure de quelques années où tu n’as pas peint de mur. Pourquoi ? Etait-ce nécessaire pour aborder une production en atelier ? 

Lokiss : Entre 90 et 96, on peut dire que j’abandonne même intellectuellement le graffiti parce que je me mets sur de la peinture sur chassis en atelier, dans un environnement complètement sauvage, dans un endroit très beau, avec un torrent, dans les Cévennes. Et comme je considérais le graffiti à l’époque comme exclusivement urbain et rattaché aux friches et aux lieux désaffectés. Et là pour le coup, on arrive en pleine nature, en pleine beauté, ce qui n’est pas la réalité de la ville. Ca n’était plus un besoin et je suis allé vers la peinture plus classique et traditionnelle. Et même si je garde des choses du graffiti en utilisant le papier et le bois, en déchirant des éléments Je m’éloigne formellement de ce que je faisais sur murs. J’étais assez connu fin des années 80 et début des années 90 pour mon style que j’aurais pu conservé et reproduire comme une marque mais craintivement parlant, ça a été beaucoup plus parlant et enrichissant d’aller là ou je souhaitais aller. En 96, mon erreur, à mon retour au graffiti et aux murs, ce fut de peindre à la bombe comme je peignais des toiles. C’était une erreur, comme ce fut une erreur de vouloir peindre comme je concevais des images multimédias. C’était un mauvais cheminement. Ce sont des choses totalement différentes comme la boite à rythme l’est de la batterie même si ça s’alimente, ça n’est pas la même pratique. Aujourd’hui, je reprends plaisir à peindre des murs, même si je n’ai jamais arrêté depuis 98. je trouve ça plat comme je trouve plat de peindre des toiles.  Etrangement, je commence à assimiler que c’est plat et quand je vois une peinture qu’elle soit murale ou en atelier, j’ai envie de souder, d’extraire… je suis d’avantage un sculpteur. Même quand je peins, je travaille sur le volume. Je me considère avant tout comme un sculpteur aujourd’hui. Un sculpteur qui peint.

 

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« Ce qui compte, c’est le moi tyrannique, l’absence de ligne directrice, le chacun pour soi et que le meilleur gagne rendent tout possible jusqu’à la réécriture de l’histoire. C’est complexe mais cette culture repose sur un délire ego maniaque. »

Qu’est-ce qui t’a mobilisé pour écrire des ouvrages et spécifiquement le second «50 ans d’interventions graffiti » ?

Lokiss : J’ai fait un second livre car je trouve que cette culture manque de définition.  Je voulais définir les traits et le visage de cette culture. Pourquoi c’est ce visage et pas un autre. Il y a une confusion qui arrange bien les vendeurs d’art urbain. De manière générale, je voulais distinguer les postulats qui ont vu émerger le graffiti des débuts en 1967-1968, de ceux qui sont arrivés bien après dans les années 2000 avec le street art, ce terme ayant été inventé par les writers comme me l’a dit Phase 2. Que je le veuille ou non, on dit que je suis un street artist. Le point de départ, c’est cela :

Quelqu’un vient me voir et m’interpelle. Lokiss, je connais, vous êtes un street artist, comme C215 ou JR en citant d’autres vedettes du mouvement. Et pour le coup, j’ai dit : «Si vous devez me rattacher et ramener à une culture urbaine , c’est celle du writing, celle du graffiti writing.»  Et je me suis dis : «Personne ne va avoir ni le temps, ni l’envie et l’énergie de faire un manifeste à propos de ce qui peut définir cette culture. Et je me suis dit : « Allons-y ! »

Evidemment comme je suis partie prenante, j’ai des positions tranchées. Je refuse des projets qui sont acceptés par la plupart des writers. Et très vite, le livre bascule vers des prises de positions. C’est difficile pour moi d’avoir un regard de sociologue ou d’universitaire. J’ai été tellement partie prenante en étant diffuseur avec la Place Forte, j’ai aussi fait du Net Art pour lequel j’ai été reconnu. J’ai été chanceux à ce niveau-là d’avoir une certaine reconnaissance. Le livre s’est fait avec des co-auteurs pour amener du pluralisme car je savais que mes avis allaient manquer d’objectivité parce que j’ai les pieds et les mains dedans. Et parfois je souffre d’amalgames. Je voulais que le livre amène des définitions mais l’absence de manifeste et le Statu Quo autour de cette culture fait parti du mouvement. Les discussions contradictoires n’émergent pas car le graffiti est un produit de l’époque. Il répond à un désir de ne pas se prendre la tête en réaction à l’art conceptuel. C’est supposé être un art sans prise de tête, jeune, plein de couleurs, rigolo et qui vient de la rue. 50 ans d’interventions graffiti se résume à ce cirque en quelque sorte. Cette culture a mis un demi siècle a se consolider et à être reconnu mais les têtes de gondoles ne sont pas des writers ou alors ce sont des writers reconvertis en street artists. Et cette confusion déroge à l’intégrité et ça invalide pas mal de choses. La plupart des writers ne se soucient pas de l’importance de Phase 2 ou de l’héritage de Rammellzee parce que ce qui compte, c’est le moi tyrannique, l’absence de ligne directrice, le chacun pour soi et que le meilleur gagne rendent tout possible jusqu’à la réécriture de l’histoire. C’est complexe mais cette culture repose sur un délire ego maniaque. Ecrire un livre. Dire ce que j’ai à dire, en l’illustrant de mon travail et de celui de nombreux artiste, m’a été reproché par certains. Ce qui est original, ça n’est pas ma prise de position mais de prendre position dans un milieu ou peu pour ne pas dire personne, ne le fait. Et c’est triste car chaque artiste devrait le faire et plus encore les plus anciens. Je veux bien en discuter avec Mode 2 qui aime ces sujets-là qui a des idées concrètes et arrêtés sur ce qu’est le graffiti avec une certaine humilité sur la pluralité des récits. Pourquoi justement il n’écrit pas un livre pour apporter une vision sinon cette culture se résumera à des livres d’universitaires. Nous avons vécu cette histoire et nous avons d’autres choses à raconter. Dans 50 ans quand nous serons tous mort, au moins, on aura pas un rapport de fonctionnaire qui régira la culture graffiti.

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