Jay-Z vient de sortir son nouvel album 4:40 entièrement produit par No I.D et balance comme premier single « The Story of O.J. » Le titre et le clip jouent des clichés sur la communauté noire américaine pour mieux les pulvériser en même tant qu’ils narrent l’histoire afro-américaine. 

Jay-Z_Netfeeders

Alors que Netflix consacre une série à O.J. Simpson et Arte diffuse «Made In America», un documentaire sur le sportif et ses démêlés judiciaires, Jay-z fait lui aussi référence à la star de football américain en intitulant simplement le premier single de son nouvel album «The Story of O.J.»

JAY-Z reprend dans son morceau la célèbre phrase du joueur « I’m not black. I’m O.J. » à laquelle Shawn Carter répond ironiquement par un OK. Narrateur omniscient de l’histoire de l’icône sportive, le rappeur sait que celui qui a toujours cherché à se faire accepter de l’Amérique Blanche se fera broyer quelques années plus tard par la machine qui l’a consacré. O.J. a calqué sa réussite sur celle des blancs, comme si il s’agissait de la seule norme acceptable. 

Ainsi « The Story of O.J. » évoque l’évolution des conditions de vie de la communauté afro-américaine de l’esclavage à aujourd’hui et plus précisément de la manière dont la communauté noire appréhende la réussite et comment elle cherche à calquer sa réussite sur la communauté blanche en gommant les différences culturelles. Comment aussi les afro-américains préfèrent parfois l’ostentation aux investissements pérennes pour les générations futures.  No I.D, connu pour son travail avec Common, All Natural, Vince Staples mais aussi Kanye West produit tout l’album et bien évidemment ce titre. Il sample  « Four Women » de Nina Simone dans un arrangement sobre et minimal. Jay-Z, quant à lui, enfonce le clou avec le clip. Une esthétique inspirée des cartoons « Censored Eleven » des années 30-40 qui reprend alors tout les stéréotypes racistes concernant les noirs en Amérique pour en jouer et les expurger.

Jay-Z, jusque-là chantre de l’individualisme et du darwinisme social, invoquait sa richesse pour humilier les autres prétendants au trône, comprendre les autres rappeurs millionnaires susceptibles de lui faire de l’ombre. Aujourd’hui, Shawn Carter semble se soucier du destin de sa communauté et lui prodigue quelques conseils en placements financiers. Et d’une pierre deux coups, le rappeur de Brooklyn assène en même temps quelques « punchlines » assassines à l’encontre des rappeurs nouvelles générations :
« You wanna know what’s more important than throwin’ away money at a strip club ? Credit.
You ever wonder why Jewish people own all the property in America ? This how they did it. »
 
 
Netfeeders-JAY-Z
Chaque recoin de cet album, chacun des morceaux renvoie au leg, celui qu’il fera à ses enfants, l’empreinte qu’il laissera sur la société et les leçons dont il aimerait faire profiter sa communauté. Jay-Z a toujours préconisé contre l’inégalité économique et raciale, la liberté d’entreprendre  et la conquête par le business. il le fait ici sans semonces sur les productions de No I.D. La prouesse revient aussi au producteur qui livre un écrin intemporel gorgé de soul et de jazz apportant profondeur et répondant avec justesse au silence de Jay. Comme sur « The Story of O.J. Simpson » où la voix de Nina Simone chante « My skin is black » ou « Legacy » sur lequel l’avocat de la cause noire, Donny Hathaway entonne un « Someday we’ll all be free ».
Jay-Z a su embrassé le destin de sa communauté toute entière, se connecter à nouveau avec le monde et No I.D. lui a apporté une formidable résonance.
Jay-Z-NETFEEDERS

 

 

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.