Elzo Durt, graphiste d’abord connu pour ses nombreux visuels de soirées à Bruxelles puis ses pochettes pour le label rock parisien Born Bad, est aujourd’hui un artiste reconnu, un artiste qui expose et s’expose notamment à la galerie du Jour sous le patronat de Jérome Sanz, ancien directeur du Palais de Tokyo, pour une exposition du nom de Colors & Glory, en guise de rétrospective.

Elzo Durt collectionne des gravures du 18eme et du 19eme siècle, les comics US et les posters Hippies des 60’s et 70’s qu’il coupe, découpe, recoupe, associe, colle et triture dans un esprit punk. Il joue avec les contrastes, les cut-up, télescope les époques, associe des éléments disparates, colorise dans un esprit qui aspire au surréalisme. De tout cela jaillit souvent des histoires et des paradigmes où science fiction, religion, esthétique mortuaire, ordre et désordre s’interpénètrent dans un esprit libertaire et baroque. Elzo Durt est à l’image ce que Public Enemy fut au Hip-Hop et le Bomb Squad à la production. Ses œuvres sont constituées de nombreux éléments qui s’agglomèrent  et s’enchevêtrent, d‘une pléthore de détails qui se répondent les uns aux autres, parfois de manière contradictoire, iconoclaste ou chargée. Elzo Durt emprunte autant à la bande dessinée qu’à l’iconographie pour créer des images fortes et puissantes tantôt cybernétiques, baroques, punk ou ésotériques. 

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Elzo Durt joue aussi avec l’imagerie SF qu’il revisite, interrogeant ici notre futur. Il recycle ainsi les images pieuses à la sauce creepy des comics US horrifiques et SF sur fond d’apocalypse et d’eschatologie. Il invoque çà et là, le souvenir et la mémoire de Philip K. Dick, Lovecraft, Moebius, des crados ou même l’imaginaire d’un Jodorowsky.

L’iconographie cyberpunk et des pulps magazines américains est ici détournée dans un sampling chromatique saturé. Malgré l’association d’éléments divers et disparates, Elzo Durt parvient avec brio, à insuffler une identité et une énergie immédiatement reconnaissables. Peut-être par ses couleurs criardes poussés à l’extrême psychédélique ou par ses fonds riches et minutieusement remplis d’une myriade de détails qui se révèle par touches.

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Ses fonds hallucinatoires et les détails contrastent avec le premier impact souvent choc et instantané en faisant appel à des références enfouies dans notre inconscient. Comme ici, où l’imagerie est définitivement rock peut-être parce qu’on imagine derrière cette explosion cérébrale, le visage de James Dean, Eddie Cochran ou Jerry Lee Lewis. Cette imagerie définitivement punk désacralise en quelque sorte les icônes, même celles du rock. Elzo Durt poursuit à sa manière le travail du collectif Bazooka dans les années 80, en utilisant le numérique et les logiciels de retouches d’images et la surimpression comme un moyen de réinventer les images de masse.

 

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L’imagerie cabalistique, ésotérique et religieuse est aussi détournée et associée aux têtes de grands brulés, d’écorchés, des incarnations décadentes et autres globes oculaires exorbités dans un esprit BD rock qui ne va pas sans rappeler tantôt l’esthétique punk, psychédélique ou Beat Génération. La musique est une référence importante du travail de Elzo Durt qui s’est aussi attaqué à Devo, Sid Vicious et bien d’autres.

 

 

 

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Empreint de l’esprit des séries Z des films de SyFy 50’s et 60’s, Elzo Durt nous propose une narration façon bande dessinée où failles spatio-temporelles et kitch rétro futuriste  célèbrent le cinéma d’un autre temps.

 

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Les squelettes arrachés aux vanités du XVIIème siècle revisitent les années folles sur fond de spirales vectorielles, encore une manière de télescoper les époques dans un anachronisme qui digère tout de manière boulimique.

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L’homme est pris dans les méandres et les limbes d’une matrice organique aussi vaste que l’univers où les synapses sont autant d’antennes prêtes à capter les bruits de l’univers.

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Une monographie est disponible reprenant l’ensemble des oeuvres de l’exposition.

Photos : JAY BEE

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