Lorsque les plus grosses fortunes de l’industrie du disque caracolant aux hits se lancent dans la Net économie pour faire encore plus de thunes. Ca donne Tidal. Un site de streaming de musique en HD mettant en avant des inédits, montés par des artistes et mettant fin à l’ignoble spoliation des sites leaders en la matière comme Spotify, Pandora ou Deezer. 

Tidal Launch Event NYC #TIDALforALL

Jay-Z a investi 56,2 millions de dollars soit 10% de sa fortune dans cette plateforme. Il en est devenu l’ambassadeur, motivant les stars internationales telles Madonna, Rihana, Kanye West, Jack White, Nickie Minaj, Daft Punk, Calvin Harris, Coldplay, Usher, ou Diplo à le rejoindre dans cette aventure. Il joue la grande messe.  Les concurrents ne rémunèreraient pas justement les artistes. Tidal serait donc l’utopie de la Net économie où Jay-Z fait ici don d’ubiquité à hauteur de 10% de sa fortune pour protéger la veuve et l’orphelin, comprenons ses amis « stars » spoliés par l’industrie du disque et les sites de streaming.

La greffe n’a pas pris. D’abord parce que le site n’offre rien de nouveau. Ensuite, la promotion a été définitivement orientée sur le pari de la destruction programmée des autres acteurs du secteur. Cette stratégie a même eu l’effet inverse puisque le 20 Avril dernier Spotify et Pandora sont rentrés dans le top des applications les plus utilisées aux rangs des 3eme et 4eme places. C’est la première fois que ces applications se retrouvent conjointement dans le Top 4. Et ce en plein lancement de Tidal où Jay-Z alors que son corollaire de stars s’en prenaient directement aux autres applications et à leurs politiques de rémunération des artistes.

tidal

Quant à Tidal, l’application peinait à peine à se maintenir dans le top 20 dans les premiers jours de lancement avant de disparaitre dans les abysses en sortant du top 700 des applications les plus utilisés dans le monde. Tidal comme l’indique son nom, devait être un véritable raz de marée et une révolution sans précédent dans la musique. Le fait est que les offres payantes respectivement à 9,99 euros et 19,99 euros par mois ne sont pas attractives et n’ont pas remporté l’adhésion espérée auprès du public. La première offre s’est calquée sur ses concurrents directs et la seconde reste trop chère. Technologiquement parlant, Jay-Z propose sensiblement la même chose que le site Qobuz. Un format d’écoute en FLAC. Les artistes engagés dans l’aventure promettent de proposer leurs clips en HD en avant première alors que You Tube devient une source importante de rémunération dans l’économie du streaming. Le mastodonte qui enregistre de très nette baisse avec iTunes travaille au lancement d’une offre streaming. De quoi gravement inquiéter la pérennité de Tidal.

tidal-jayz-beyonce-970-80

L’année dernière, l’économie liée au streaming dépassait celle générée par le CD. Et les majors du disque voient d’un très mauvais oeil l’arrivée de Tidal et la multiplication des systèmes d’écoutes illimitées. Jay-Z a voulu apaisé les esprits en considérant Tidal plus comme un magasin qu’une véritable maison de disques. La polémique suscitée par Tidal est révélatrice du malaise qui touche l’industrie du disque. Une industrie qui peine depuis plus d’une décennie à trouver alternative volontaire, rationnelle et équilibrée face au téléchargement illégal.

07981303-photo-tidal-sur-internet

La communication de Jay-Z et des artistes engagés dans cette campagne a été contre productive. Jouer les victimes lorsqu’on est multimillionnaire et rentiers de la musique a cela d’agaçant qu’on aimerait tous se voir spolier de la sorte. Côté artiste, une seule voix discordante s’est faîtes entendre. Celle de Lilly Allen qui assez justement émettait de sérieuses réserves sur l’application de Jay-Z, jugée trop chère et aucunement innovante. Kanye West avait soutenu et participé à l’euphorie Tidal mais depuis quelques jours il retire tous ses tweets où il assurait la promotion de l’application.  Jay-Z a repoussé bien des limites. Il a prouvé qu’un rappeur pouvait rapper jusqu’à un âge avancé. Il a aussi démontré qu’il était un visionnaire et un remarquable business man en partant de Rockawear pour se diversifier jusqu’à investir dans la franchise NBA des Nets de Brooklyn, le basket et la campagne de Obama. Mais aujourd’hui, son ubiquité a quelque chose de dérangeante. Le bilan de Obama est désastreux et Jay-Z affiche toujours un soutien indéfectible à la politique de Obama comme il prédit la « sucess story » de son application. Le « story telling » à l’américaine,  où l’on prophétise pour devenir, a ses limites que la raison de Jay-Z semble ignorer.

Amine Bouziane

 

 

 

 

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.